Après Credit Suisse, UBS livre une autre bataille : celle du capital

BANQUE D'INVESTISSEMENTMARCHÉ & FINANCE

Rédigé par : Jacob Latreille - Édité par : Lohane Jade Trompette

10/20/20264 min read

Source : UBS. (2026). UBS headquarters in Zurich, Bahnhofstrasse 45 [Photograph]. UBS. https://www.ubs.com/global/fr/media/photos/our-locations.html

UBS, la plus grande banque suisse, fait face à des mesures gouvernementales cherchant à augmenter le coussin de fonds propres qu’elle doit détenir pour couvrir ses filiales internationales. Ces mesures visent à lui permettre d’encaisser d’éventuelles pertes sans recourir à l’aide publique. Face à ce durcissement, certains actionnaires vont jusqu’à évoquer un déménagement du siège social hors de Suisse.

Le 19 mars 2023, l’Autorité fédérale de surveillance des marchés financiers (FINMA) et la Banque nationale suisse ont annoncé conjointement un sauvetage par voie de fusion entre UBS et Credit Suisse (CS). La chute de l’une des plus grandes banques du pays s’explique principalement par une série de fraudes et de scandales qui ont terni sa réputation. Cette acquisition a fait d’UBS un géant bancaire dont la taille inquiète les autorités suisses, soucieuses d’éviter qu’une telle crise se reproduise. (Foy, 2025)

Pour comprendre ce qui oppose aujourd’hui UBS aux autorités, il faut d’abord distinguer deux types de capital bancaire. Les fonds propres de base de catégorie 1 ou « Common Equity Tier 1 » (CET1) sont le capital de la plus haute qualité que détient une banque. Ils se composent principalement d’actions ordinaires et de bénéfices non distribués.

Les fonds propres additionnels de catégorie 1 (« Additional Tier 1 », ou AT1) sont des obligations converties en actions ou effacées lorsque la banque éprouve des difficultés. Comme elles n’absorbent les pertes qu’après le CET1, elles sont moins risquées pour les investisseurs et donc moins coûteuses pour la banque. (Foy, 2025) Or, chez CS, ces titres n’ont été effacés qu’au moment du sauvetage, alors que l’État intervenait déjà. (Böni, P., Kroencke, T. A. et Vasvari, F. P, 2025, 104 -121) C’est pourquoi les autorités préfèrent aujourd’hui le CET1 : comme l’explique un représentant de l’Autorité des marchés financiers (AMF) joint par courriel, il absorbe les pertes immédiatement, sans dépendre de clauses contractuelles ou d’un événement déclencheur.

Dans cette logique, les autorités estiment qu’en raison de sa taille depuis l’acquisition de CS, UBS devrait renforcer le financement de ses filiales internationales, comme celles aux États-Unis ou au Royaume-Uni. (Foy, 2025) À l’heure actuelle, UBS doit couvrir 60 % de la valeur de ses filiales étrangères avec des fonds propres détenus en Suisse, dont un quart peut être en AT1.

Le gouvernement suisse souhaitait initialement imposer une couverture de 100 % en CET1. Face à cette exigence, une commission parlementaire a proposé un compromis permettant à UBS de couvrir la moitié en CET1 et le reste en AT1. Toutefois, le 23 septembre dernier, le Conseil des États a rejeté cette proposition, maintenant ainsi le désaccord sur les nouvelles exigences de capital. (Foy, 2026)

Ce durcissement ne fait pas l’unanimité. Deux actionnaires d’UBS, Artisan Partners et Cevian Capital, ont mentionné leur volonté de voir la banque déplacer son siège hors de la Suisse. (Ruehl, M. et Aliaj, O, 2026) Selon eux, les nouvelles réglementations empêcheraient UBS de rester compétitive à l’international. 

Pour UBS, une hausse du capital requis freine sa compétitivité. En effet, les fonds propres coûtent plus cher que la dette : les actionnaires, remboursés en dernier en cas de faillite et sans rendement garanti, exigent une rémunération plus élevée que les créanciers. Au 30 juin 2026, le ratio de CET1 d’UBS (14,4 %) (UBS, 2026), était comparable à celui de ses concurrents HSBC (14,1 %) (HSBC, 2026) et Morgan Stanley (14,8 %). (Morgan Stanley, 2026) Or, la couverture à 90 % obligerait la banque à trouver environ 16 milliards USD de CET1 supplémentaires. (UBS, 2026)

L’Association suisse des banquiers partage l’avis d’UBS : selon elle, la décision affaiblirait la banque à l’international. (SWI swissinfo.ch, 2026)

Le gouvernement, lui, estime que ces exigences sont nécessaires pour protéger les contribuables d’une nouvelle crise. Il revient désormais au Conseil national de trancher entre stabilité financière et compétitivité.

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